La garde de Kabarega ou la définition seychelloise du travail

C’est un chapitre de l’excellent livre de Philippe Le Gall, ambassadeur des Seychelles en Chine, qui a écrit un recueil de nouvelles, « Le jardin du Roy », aux éditions Orphie. Je remercie encore la personne qui me l’a recommandé.
Je vous en livre 2 petits extraits, j’espère que Monsieur l’ambassadeur ne m’en voudra pas !

Dans cette nouvelle, un japonais nous explique qu’il cherche à fuir le « karoshi », c’est à dire la « mort par surmenage »

« C’est dans ce contexte que je suis venu aux Seychelles.
Des amis y avaient séjourné en voyage de noces. Ils étaient revenus à Kyoto enchantés, impressionnés par le soin que la population locale avait pris à ne pas les importuner, à les laisser tout entier l’un au plaisir de l’autre (…)
Yoko et Maruo avaient choisi les Seychelles sur catalogue (…)
Aux Bahamas, le souci de leur faire payer cette compilation au prix fort, de les gaver de spécialités culinaires locales, de leur fourguer un maximum de produits d’artisanat, dont l’inutilité ne le cède qu’à la laideur, et enfin de les épuiser en excusions, eu décliné ce voyage, de l’accueil aux adieux, sous la forme d’une offre promotionnelle GEANTE entrecoupée de rares moments d’intimité à la va-que-je-te-pousse.
Le sentiment d’être un couple assisté, bichonné, programmé dans toutes ses envies et dans ses plus petits caprices eut tout gâché.
Quel ne fut pas leur bonheur de découvrir qu’aux Seychelles, il en allait différemment.
(…)

Un sens inné de l’improvisation battait en brèche la discipline de l’hôtellerie suisse à laquelle ils étaient tous deux habitués. C’était un mélange de tact et de discrétion sous des allures de laisser-aller complet, quelque chose d’inimaginable pour des Japonais !
Ainsi, ceux qui eurent à s’occuper d’eux mirent une extraordinaire bonne volonté à les ignorer, à tel point qu’ils finirent par faire eux-mêmes le lit, nettoyer la chambre, vider les ordure, cuire les repas, laver le linge.
Yoko et Maruo étaient RA-VIS!
Nulle part au monde eut-on pu imaginer de payer aussi cher pour avoir en retour une liberté aussi grande et être autorisé à tout faire par soi-même, donc sans subir ce terrible décalage avec les rythmes trépidants de l’entreprise que l’on vient de quitter quelques jours plus tôt.
Tout au plus le personnel et la direction de l’hôtel les gratifiaient-ils parfois d’un petit signe de la main pour dire « hello » ou les encourager à prendre du bon temps. (…)
Yoko et Maruo revinrent au Japon exténués, extatiques et prêts à reprendre le travail le lendemain à la première heure, lui en équipe de jour, elle en équipe de nuit.
Une prouesse à mettre entièrement au crédit de l’hôtellerie seychelloise.

Ma curiosité fut piquée au vif. Il existait donc bien sur terre un eldorado où le risque de Karoshi était nul puisque l’obligation de travailler ne rejoignait aucun concept d’affranchissement ou de valorisation de l’individu et se raccrochait à de vagues réminiscences bibliques parlant de « damnation » et de « vallée de larmes »(…)

–Le japonais aide un homme du nom de Camille à résoudre son problème. Celui-ci en retour lui livre son analyse sur la relation du travail chez les seychellois–

« (…) Le bruit court que vous nous étudiez, nous les Seychellois, et que vous voulez comprendre pourquoi nous sommes réfractaires à beaucoup de modes de pensée et à la plupart des motivations qui font de vous les Japonais des bourreaux de travail… Nous sommes des fêtards, Monsieur Kanemori, d’incorrigibles fêtards!… Le mot peut vous prendre au dépourvu et vous paraître exagéré, je le sais et pourtant c’est la plus stricte vérité, nous bannissons la tristesse et nous cherchons à jouir des plaisirs que peut dispenser l’existence.
Le baptême nous a délivré du péché originel. Et la bonhomie créole fait que nous ne devenons pas des sceptiques… Comprenez-vous maintenant notre avantage ? »

Pour en savoir plus
http://www.decitre.fr/livres/le-jardin-du-roy-9782877632843.html

Une réflexion au sujet de « La garde de Kabarega ou la définition seychelloise du travail »

  1. nisecar

    Bonjour,
    Je suis la personne qui vous a parlé du  » Jardin du Roy » ! Heureuse que vous ayez retenu les mêmes passages que moi. Il me semble que Philippe Le Gall est actuellement Ambassadeur des Seychelles
    en Chine et n’a pas été Ambassadeur de France mais attaché à l’Ambassade de France. Amoureux des Seychelles, il en a pris la nationalité. C’est ainsi, le virus de l’ « Amour des Seychelles »
    continue à faire son chemin. Personnellement, je l’ai attrapé il y à …35 ans et cette année,(merci les systèmes de retraite) j’ai eu la chance de rester plus de 100 jours sur
    Mahé.          Je suis heureuse de retrouver Paris, mais, rien n’est parfait….  je regrette la douceur de vivre et le climat ….il fait 3 ° sur
    mon balcon ce matin… comme je ne suis pas encore dé-tropicalisée, je joue les
    marmottes.                                                                               

    Je vous souhaite une jolie vie aux Seychelles, profitez en bien, car au retour, la nostalgie des si beaux paysages est très présente. La preuve : je continue à consulter votre blog ! bien 
    Cordialement

     

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